Quand on écrit, l’information nerveuse qui détermine l’ordre d’écriture des traits constituant les caractères, est codée dans certaines zones du cerveau. Il s’agit du cortex moteur et du cortex somatosensoriel. Elle forme en quelque sorte une mémoire du mouvement des sensations qui lui sont associées : on parle de mémoire sensorimotrice.

Une étude menée sur des adultes volontaires a permis de mettre en évidence que les zones du cerveau que l’on active lorsqu’on écrit (cf image b) sont les mêmes que celles activées lorsqu’on lit (cf image a). Autrement dit, lorsqu’un enfant décrypte des lettres, il utilise la même partie du cerveau que lorsqu’il écrit avec un stylo !

a : irm obtenu au moment de la lecture

b : irm obtenu au moment de l’écriture manuscrite

Ainsi, l’apprentissage de la lecture ne peut se faire sans passer par l’apprentissage de l’écriture manuscrite !

b : irm obtenu au moment de l’écriture sur clavier

La situation est très différente lorsqu’on écrit avec un clavier : la zone du cerveau mise en jeu lorsque nous tapons des lettres sur un clavier est totalement différente de celle activée lors de la lecture...

Une seconde étude a été menée sur soixante-seize enfants âgés de 33 mois à 57 mois (petite et moyenne section de maternelle) répartis en deux groupes : un groupe «écriture manuscrite» et un groupe «écriture informatique»



Lors de la phase d’apprentissage, 15 lettres majuscules ont été présentées aux enfants pendant trois semaines.

    - Pour les enfants du groupe « écriture manuscrite », chaque lettre était présentée sur une feuille de papier et les enfants devaient la reproduire juste au-dessous du modèle.

    - Pour le groupe « clavier », chaque lettre était présentée sur un écran d’ordinateur et les enfants devaient la taper au clavier, afin qu’elle s’affiche sous le modèle.

Avant l’apprentissage et trois, puis quatre semaines après, la capacité des enfants à reconnaître visuellement les lettres a été testée.


Il ressort de cette étude que l’écriture manuscrite est bénéfique : les enfants reconnaissaient mieux les lettres qu’ils avaient écrites à la main. Au contraire, les enfants ayant appris au clavier avaient des difficultés à reconnaître certaines lettres. Cet avantage se manifeste dès la fin de l’apprentissage et persiste une semaine plus tard. Ainsi, il est bon d’apprendre à écrire avec un stylo, si l’on souhaite développer, chez un enfant âgé de quatre à cinq ans, une bonne reconnaissance visuelle des lettres (et donc par la suite faciliter l’accès à la lecture).  Le clavier semble peu recommandé à cet âge.

Bibliographie

M. LONGCAMP et al.,

The influence of writing practice on letter recognition in preschool children : a comparison between handwriting and typing, in Acta Psychologica, vol. 119(1), pp. 67-79, 2005.

J. L. VELAY et al.,

De la plume au clavier : Est-il toujours utile d’enseigner l’écriture manuscrite ? « Comprendre les apprentissages : Sciences cognitives et éducation » sous la direction de E. Gentaz et P. Dessus, Dunod, pp. 69-82, 2004.

M. LONGCAMP et al.,

Visual presentation of single letters activates a premotor area involved in writing, in Neuroimage, vol. 19(4), pp. 1492-1500, 2003.